| Les 10 et 12 mai 2002, à Bruxelles, Ludo Martens a eu des entretiens avec Benjamin Munanira. Ce dernier est un responsable des Forces Fédéralistes et Républicaines, dirigées par Müller Ruhimbika, un parti multi-ethnique qui regroupe un nombre important de Banyamulenge. Benjamin Munanira a fait des déclarations capitales qui montrent que beaucoup de Banyamulenge se sont opposés dès le 2 août 1998 à l'agression rwandaise et qu'actuellement une guerre de grande envergure a lieu sur les Plateaux de Minembwe. Là-bas, les combattants banyamulenge et maï maï font désormais front contre les agresseurs et occupants rwandais. Munanira détruit la légende répandue et entretenue par Kagame que l'armée rwandaise est allée au Congo pour " assurer la nationalité congolaise aux Banyamulenge ". Munanira affirme que les Banyamulenge n'ont jamais accepté que Kagame s'occupe de cette affaire qui est purement congolaise, qu'ils ont compris dès le début qu'ils étaient " utilisés " comme prétexte à l'agression, l'occupation et le pillage du Congo et qu'ils ont rejoint la résistance armée des autres patriotes congolais contre les agresseurs. Cette prise de position est un coup dur pour Kagame, un coup qui marque son échec politique total au Congo et qui annonce sa défaite militaire inévitable. Personne ne peut se faire des illusions : la guerre n'est pas terminée, Kagame ne quittera jamais le Congo sans en être chassé par les armes. Fort de l'appui du gouvernement et de tout le peuple congolais, les Forces d'Auto-défense Populaire, maï maï et banyamulenge confondus, chasseront l'APR du Congo. Que les Tutsi congolais prennent les armes contre Kagame est également un encouragement à toutes les forces tutsi rwandaises qui s'opposent à la dictature de Kagama. En ce moment, au Rwanda, pour la première
fois depuis 1959, un front entre démocrates et nationalistes hutu et tutsi prend forme. Le règne du militariste et de l'aventuriste Kagame, qui a commis tant de crimes contre le peuple congolais et contre le peuple rwandais, s'approche de sa fin.   Ludo Martens: Camarade Benjamin Munanira, vous êtes un des représentants qualifiés des Banyamulenge. Récemment nous avons reçu des informations selon lesquelles le commandant munyamulenge Masunzu est entré en " rébellion ", si l'on peut s'exprimer ainsi, contre la présence de l'armée rwandaise dans le Kivu . Des amis nous ont dit que vous êtes régulièrement en contact avec lui. Pouvez-vous le confirmer et nous dire ce qui se passe? Benjamin Munanira: Le cas Masunzu ne date pas d'aujourd'hui, mais il a été connu en retard suite à l'enclavement de la région de Minembwe. Masunzu y est depuis avril 99, et nous sommes régulièrement en contact avec lui, nous avons les mêmes objectifs. Ludo Martens: Quand Masunzu est-il entré dans l'armée? A-t-il participé à la lutte de libération de l'AFDL ? Benjamin Munanira: Masunzu s'est engagé en 1990 dans l'Armée Patriotique Rwandaise. A l'époque, il y avait des Banyamulenge qui ont pris, à titre individuel, cet engagement. Mon petit frère, par exemple, y est allé aussi. Après la victoire en 1994, Masunzu est resté militaire au Rwanda. Puis, le régime mobutu a organisé la chasse aux Tutsi congolais, il a expulsé 500 finalistes de l'école secondaire d'origine banyamulenge, vers le Rwanda. Ces jeunes sont entrés dans l'armée rwandaise où ils ont été pris en charge et entra”nés par Masunzu. En septembre 1996, Masunzu et d'autres jeunes banyamulenge qu'il a formés sont rentrés au pays et se sont rendus à Kipupu et Kanihura, dans les hauts Plateaux de Minembwe. Ils y ont chassé les forces mobutistes. Ils ne voulaient pas avoir les militaires au service du dictateur Mobutu dans le dos lorsque la lutte de libération commençait. En septembre 1996, il y avait uniquement des Congolais, aucun Rwandais. Le premier groupe rwandais est intervenu plus tard, pour la prise d'Uvira, en octobre. Ce groupe était commandé par le lieutenant-colonel Eric Murokore. Masunzu a fait toute la guerre de libération, il s'est battu dans la bataille pour Kisangani, il a marché jusqu'à Kinshasa, puis il est allé à Mbandaka. "L'opposition entre Banyamulenge et Kagame date de 1997" Ludo Martens: En 1996, Masunzu était donc avec l'AFDL et avec Kabila. Et vous affirmez qu'il s'est déjà révolté contre l'armée rwandaise en 1999? Benjamin Munanira: Sa révolte a commencé longtemps avant 99. Il faut savoir qu'en 97 déjà, il y a eu un conflit armé entre les Banyamulenge et l'APR à Lubumbashi. Puis en février 1998, les Banyamulenge ont dit à Kabila : " La guerre est terminée, il faut que les Rwandais rentrent. " Kagame et James Kabarebe voulaient casser les Banyamulenge, parce que si nous étions ensemble avec les autres Congolais, leur position devenait très difficile pour réussir une deuxième guerre déjà en vue. Les militaires banyamulenge avaient raison en février 98 en disant que les Rwandais devaient rentrer chez eux. J'ai participé alors à ces négociations avec James Kabarebe. Aucun responsable banyamulenge n'avait reçu une promotion : les Rwandais n'en voulaient pas, ils craignaient que si les officiers banyamulenge et d'autres officiers congolais arrivaient à une intégration complète dans l'armée congolaise, il n'y aurait plus de raison pour eux de rester au Congo. Cette mutinerie a duré un mois dans le Sud-Kivu. Le général-major Joseph Kabila, chef d'état-major adjoint à l'époque, conna”t bien cette histoire. Masunzu était déjà dans cette affaire de février 98, il se méfiait de Kagame. Beaucoup de militaires banyamulenge ont alors été arrêtés et jugés pour être fusillés. Sankara, par exemple. Quand l'agression a commencé le 2 août 98, Sankara se trouvait emprisonné à Bukavu en attendant d'être exécuté. Ce sont des Banyamulenge qui l'ont sorti de la prison au moment de l'agression. Un autre officier banyamulenge, le capitaine Assoni, était à Kinshasa le 2 août. Il s'est échappé vers Brazzaville, puis il est arrivé à Uvira. Il s'est dit : mais où est-ce que nous allons avec l'APR ? Et il a pris la fuite pour Bujumbura. Les Banyamulenge face à l'agression d'août 98 Ludo Martens: Quelle a été la position de Masunzu au moment de l'agression d'août 1998? Benjamin Munanira: En août-octobre 1998, Masunzu était toujours commandant de bataillon à Uvira. L'APR et surtout le Colonel Dan Gafizi, qui commandait à Cyangungu, - se méfiait de lui et ils ont tenté de l'arrêter le 13 janvier 1999 à Uvira. Il s'en est suivi un affrontement armé entre les troupes de l'APR et Masunzu. Depuis lors il s'est replié à Minembwe où les Rwandais l'ont laissé tranquille jusqu'en janvier 2002. Alors, Kagame a ordonné d'aller le chercher. C'est le début de la grande guerre pour le contrôle de Minembwe. Ludo Martens: Où étiez-vous au moment de l'agression des troupes de Kagame et comment avez-vous vécu cet événement ? Benjamin Munanira: La nuit du 2 au 3 août j'étais de passage à Bukavu, je revenais de Kinshasa. Je me souviens qu'il y a eu un mouvement de troupes rwandaises vers le Congo pour l'occuper, il faut le préciser avec honnêteté. Ils avançaient le même prétexte qu'avant : libérer les Banyamulenge. Ce qui était faux et absurde pour nous et pour toute la population congolaise. Ludo Martens: Quelle a été votre réaction en ce moment? Kabarebe a maquillé cette agression en lutte des Banyamulenge pour la reconnaissance de leur nationalité congolaise. Benjamin Munanira: D'abord, la question de la nationalité des Banyamulenge ne doit pas être posée par l'APR.. Cela est exclu. Et à ce moment-là, la nationalité congolaise des Banyamulenge n'était pas contestée. Par qui et pourquoi? S'il faut même discuter de la nationalité des Banyamulenge, ça doit se faire entre Congolais. Ca n'a rien avoir avec le Rwanda. Ce n'était qu'un prétexte avancé par Kabarebe, agissant pour le compte de son chef Kagame, dans le but de camoufler l'agression pure et simple du Congo. Les Banyamulenge n'étaient pas dans le coup. Etant forte et bien organisée, l'armée rwandaise a profité de la désorganisation et de l'anarchie qui régnait depuis 1990 au Congo, pour s'y installer. Nous, Banyamulenge, sommes confrontés aux mêmes problèmes que tous les Congolais, même si certains compatriotes nous accusent à tort d'être derrière le Rwanda. Ce n'est pas facile de leur expliquer que cela n'est pas vrai compte tenu du poids des idéologies d'exclusion cultivées sous la dictature de Mobutu. Ludo Martens: Vous affirmez que pas mal de Banyamulenge se sont opposés à l'agression. Est-ce que depuis août 98, il y a des Banyamulenge qui l'ont payé de leur vie? Benjamin Munanira: Bien sur ! Ce n'est un secret pour personne. Il y a le commandant Mashako et ses collègues qui étaient contre l'agression. Ils ont été tués tous le même jour, entre le 3 et le 5 août, fusillés en plein air, sans aucune justice. Les Banyamulenge ont aussi, dès le début de la guerre, versé leur sang pour leur patriotisme et leurs idées. "Les problèmes des Tutsi congolais se sont accentués depuis 1990" Ludo Martens: Vous m'avez dit que la situation de Banyamulenge a commencé à se dégrader en 1990? Benjamin Munanira: Le conflit a commencé bien avant. Mais en 1990 tout s'est compliqué d'une manière inquiétante pour des raisons purement politiques. Certains Kivutiens qui, pour gagner les élections et se maintenir au pouvoir au niveau national à Kinshasa, ont semé la haine dans les populations. En prétendant que les Banyamulenge n'étaient pas des Congolais, mais des Rwandais. Ils nous ont divisés. L'anarchie qui régnait au pays les a beaucoup aidé dans leur entreprise. Parmi ces gens, il y a Anzuluni Mbembe, président du parlement à l'époque, originaire de Fizi au Sud-Kivu. Ludo Martens: L'arrivée au Kivu des génocidaires hutu, évacués par l'armée française, a encore compliqué davantage la situation des Banyamulenge. Comment l'aviez-vous vécu? Benjamin Munanira: Cet événement a terriblement accentué la crise. Au problème de nationalité des Banyamulenge, créé de toute pièce, s'est ajouté l'insécurité provoquée par les miliciens hutu burundais repliés sur Uvira après l'assassinat du président burundais Ndadaye . Ces miliciens anti-tutsi ne supportaient pas la présence au Congo de Tutsi qu'ils disaient combattre au Burundi. Quant aux génocidaires hutu, ils ont débarqué au Kivu avec tout un gouvernement organisé. Chez nous, le pouvoir n'existait presque plus. Les génocidaires ont utilisé tous les moyens dont ils disposaient pour influencer la politique du gouvernement de Kinshasa et pour généraliser l'insécurité dans la région. Nous n'avions plus droit à nos biens, nous ne pouvions plus sortir, ni voyager librement, bref, nous étions à la merci des réfugiés rwandais et cela dans notre propre pays. Ludo Martens: Est-ce pour cette raison que des jeunes Banyamulenge sont allés au Rwanda pour s'entra”ner militairement et rejoindre plus tard Kabila? Benjamin Munanira: C'est l'une des raisons. Mais certains Banyamulenge ont été expulsés du pays par le pouvoir qui leur a retiré la nationalité. Ils sont allés au Rwanda pour revenir après avec l'armée rwandaise. L'objectif principal du Rwanda était de pourchasser les Interahamwe, mais il y a eu des objectifs cachés. Notre premier souci était notre autodéfense. Le pouvoir nous expulsait du pays en nous retirant notre nationalité. Nous devions nous défendre et convaincre tout le monde - Congolais, Rwandais et Burundais - que nous n'avions rien à voir avec le Rwanda et le Burundi. Kinshasa ne faisait pas partie de nos objectifs de lutte. Quand Kabila est arrivé, deux mois après le début de notre résistance, nous avons commencé à réaliser que la possibilité existait d'aller régler le problème à Kinshasa en chassant Mobutu du pouvoir. La position des Forces Républicaines et Fédéralistes face à l'agression Ludo Martens: Vous êtes membre d'un parti politique, les Forces Républicaines et Fédéralistes, qui regroupe des Banyamulenge. Est-ce que cette organisation s'est prononcée contre l'agression rwandaise d'août 1998? Benjamin Munanira: Je suis membre des FRF qui ne réunit
pas uniquement les Banyamulenge, comme vous le pensez. Le FRF date de 1998. C'est un mouvement pour les Congolais et pour la résistance contre l'occupation de l'Armée Patriotique Rwandaise. A partir de 1998, nous avons marqué notre position en tant que mouvement politique. Nous n'avons pas été tendres avec l'agression rwandaise que nous avons immédiatement dénoncée. Nous avons fait une déclaration qui est connue du gouvernement de Kinshasa. Je me souviens que Mzee Kabila a dénoncé l'agression rwandaise en se référant aussi au communiqué des FRF. Nous pensons que le problème des Banyamulenge et du Kivu, ne peut se régler que par les négociations et la réconciliation de notre peuple. C'est la raison d'être de notre combat. Ludo Martens: Si le FRF a publiquement dénoncé l'agression rwandaise, je m'imagine que ses dirigeants ont eu des problèmes. Est-ce qu'il y en a qui ont été inquiétés ? Benjamin Munanira: Bien sûr, c'est le cas de Müller Ruhimbika, Président du FRF exilé en Europe. Il convient de citer aussi le cas de feu Joseph Mutambo et de moi-même. Ludo Martens: Mutambo a-t-il aussi dénoncé l'agression? Benjamin Munanira: Mutambo a été le premier président des FRF. C'est bien lui qui a dénoncé dès le mois d'août 1998 cette agression rwandaise. Alors, comme il était à Bujumbura, Müller et moi-même, nous avons aussi été inquiétés. J'ai été un mois dans les services de la Documentation Nationale Burundaise sous la pression de Kigali. Kagame prétendait qu'on ne pouvait pas garder les ennemis du Rwanda à Bujumbura. J'ai été emprisonné du 5 février jusqu'au 5 mars 1999 pour être expulsé ensuite au Danemark. Müller a été expulsé dès septembre 98. Comme notre territoire est occupé par le Rwanda, nous avons un problème pour exprimer nos idées à cause de l'insécurité qui sévit dans la région des Grands Lacs. Notre représentation de Bujumbura vient d'ailleurs d'être démantelée par Kigali et ses valets du RCD. Les Banyamulenge face au RCD Ludo Martens: Quand les Rwandais ont agressé le Congo, ils ont crée le RCD. Est-ce que beaucoup de Banyamulenge se sont engagés dans le RCD ? Masunzu, est-ce qu'il était dans le RCD ou seulement dans l'armée? Benjamin Munanira: Il y a des Banyamulenge qui sont passés dans le RCD pour la question du pouvoir, comme l'ont fait d'autres compatriotes congolais tel Kin-Kiey Mulumba ou Lunda Bululu, par exemple. Pour eux, la rébellion était une voie pour arriver au pouvoir. Le RCD a été créé deux semaines après l'invasion des troupes rwandaises. S'il y a des Banyamulenge qui sont partisans du RCD, ils n'ont pas été mandatés par les Banyamulenge. La preuve est celle-ci: en 1999, Bizima Karaha et sa suite ont été refoulés de l'aéroport de Minembwe lorsqu'ils voulaient venir expliquer pourquoi ils ont crée le RCD. C'est pour vous dire que les Banyamulenge ne sont pas du tout d'accord avec le RCD. Ils ont été chassés et ont échoué à Minembwe, en mai 1999. Ludo Martens: Quelle est actuellement votre position envers Bizima, Ruberwa et les autres ? Benjamin Munanira: Nous ne les jugeons pas comme des Banyamulenge, mais nous les trouvons comme Kin-Kiey ou Mulumba, Mudumbi, des Congolais qui ont trahi leur Patrie. Ce sont des individus qui cherchent leur intérêt personnel avant l'intérêt de la Patrie. Les faits sont là aujourd'hui, il y a la guerre dirigée contre les Banyamulenge à Minembwe et ces gens du RCD acceptent de faire bombarder leur propre village, leurs propres parents ! Il y a des actes de génocide provoqués par l'APR contre les Banyamulenge. Ludo Martens: Tous les Congolais sont extrêmement troublés par le fait que trois millions et
demi de Congolais sont morts à cause de la
guerre et de ses conséquences. Les Congolais
patriotes dénoncent le génocide que
Kagame a organisé au Congo. Vous venez de dire
que le génocide s'est aussi étendu jusqu'aux
Banyamulenge ?
Benjamin Munanira: Depuis août 1998,
il ne se passe un seul jour sans mort parmi les Banyamulenge.
Lors des attaques récentes de l'armée
rwandaise à Minembwe, il y a eu plus de 700
morts. Nous avons des problèmes. Les Banyamulenge
ont été menacés de toute part
: nous étions d'abord menacés par le
gouvernement central de Mobutu qui nous accusait d'être
complices des Rwandais. Ensuite les Maï Maï
nous accusaient aussi d'être complices du Rwanda.
Il y a les Interahamwe qui nous combattaient. Il y
a le FDD burundais. Nous sommes coincés par
tout ce monde à cause de la politique de Kagame
qui veut affaiblir les Banyamulenge pour les déporter
au Rwanda.
Ludo Martens: Depuis quand l'armée
rwandaise attaque-t-elle Masunzu sur les Hauts Plateaux?
Benjamin Munanira: En janvier 2002, un journal
rwandais a dit que les Banyamulenge voulaient prendre
des armes contre le Rwanda. Ce même journal
annonçait qu'il y avait des dissensions entre
Banyamulenge. Nous avons compris par la suite qu'il
s'agissait d'une préparation psychologique
du Rwanda qui voulait nous attaquer. Les services
de renseignements de l'APR ont commencé par
chercher les militaires banyamulenge qui partageaient
le point de vue de Masunzu et qui s'étaient
réfugiés au Burundi. Ils ont emprisonnés
le capitaine Assoni, le lieutenant Sankara, en tout
13 officiers dont nous ignorons le sort. Après,
ils sont allés chercher Masunzu à Minembwe.
Tout ce qu'ils voulaient, c'était de casser
la résistance des Banyamulenge contre la présence
rwandaise au Congo. C'est ainsi qu'ils ont attaqué
Minembwe. Ils ont commencé par envoyer l'armée
du RCD, qui est en fait une branche de l'APR. Elle
a été chassée par Masunzu. Les
hommes du RCD se sont battus deux jours de suite avant
de se replier. Le 18 février, ils ont repris
les hostilités. Après deux jours de
combats, ils se sont rendus compte que la victoire
ne serait pas facile. Ils se sont repliés de
nouveau. Alors, l'armée rwandaise s'est elle-même
impliquée avec des effectifs allant de 4 à
6.000 hommes. Kagame l'a confirmé en déclarant
le 6 avril que ses troupes ont chassé Masunzu
de Minembwe. C'est une pure et simple occupation du
Congo poursuivi par le Rwanda. Kagame a même
utilisé des hélicoptères pour
massacrer des civils banyamulenge qui n'ont rien à
voir avec cette histoire. En fait, Kagame veut s'implanter
à Minembwe pour en faire sa base-arrière.
Il présente toujours les Interahamwe comme
sa principale préoccupation, ce qui n'est pas
vrai. Depuis que Masunzu s'est replié d'Uvira
en 1999, il n'y a jamais eu d'Interahamwe à
Milembwe. Ce n'est qu'un prétexte pour détruire
nôtre pays.
"La réconciliation avec les Maï
Maï dans la lutte commune contre l'agression
rwandaise"
Ludo Martens: Qu'est-ce que vous pensez de
Sun City?
Benjamin Munanira: Il y a d'abord le MLC avec
Museveni qui acceptent la collaboration avec le gouvernement
central de Kinshasa. Est-ce qu'on peut y croire ?
Est-ce que cela va bien se passer? Points d'interrogation.
Le RCD n'a pas signé ces accords. Cela présente-t-il
un danger? Je ne sais pas. Pour les cadres des FRF,
la vraie question n'est pas Sun City, mais la guerre
commencée à l'Est qui n'est pas réglée.
A Sun City, on est allé pour chercher le pouvoir.
Nous avons eu la CNS, mais le gouvernement de Kinshasa
n'a pas pu éviter la guerre. Depuis 1991, nous
avons ce tribalisme qui sévit au Kivu. Nous
pensons que la réconciliation doit se faire
d'abord au niveau du Kivu, comme Masunzu l'a déjà
commencé en faisant front avec les Maï
Maï. C'est déjà un pas franchi.
Nous devons discuter entre nous, sinon nos conflits
serviront toujours de prétextes aux politiciens
et aux seigneurs de guerres. Il est un impératif
que toutes les populations Babembe, Bashi, Barega,
Banyamulenge au niveau du Kivu réalisent la
menace de destruction pour assumer nôtre destin
commun, de tous les Congolais.
Ludo Martens: Vous abordiez le problème
des Maï Maï. Beaucoup de Maï Maï
ont interprété cette guerre comme celle
des Tutsi, les Tutsi congolais faisant partie du complot.
J'ai des amis à Kinshasa qui sont des envoyés
de Padiri. Ils se battent contre les Banyamulenge,
parce qu'ils croient qu'ils sont les représentants
du Rwanda. Récemment, j'ai vu un communiqué
où ils disent que s'il y a des Banyamulenge
patriotes, qu'ils le manifestent. Vous dites que c'est
déjà fait dans la lutte, avec des Maï
Maï qui ont rejoint Masunzu dans la lutte contre
l'agresseur.
Benjamin
Munanira: Beaucoup de nos compatriotes sont tombés
dans le piège tendu par l'agresseur. Aujourd'hui,
nous n'avons plus ce problèmes avec les Maï
Maï. Nous sommes en guerre contre l'APR qui est
là avec le chapeau du RCD. Voilà l'obstacle
à la paix. Lorsque nous avons commencé
à parler avec les Maï Maï, nous jetons
la base de la réconciliation. Hier, j'ai parlé
avec un cadre Maï Maï qui a ses hommes auprès
du Commandant Masunzu. Tôt ou tard nous aurons
la paix dans notre région, mais cette paix
ne viendra pas du Rwanda. Le Rwanda est un agresseur,
un occupant, qu'il faut chasser.
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