Shabunda,
territoire du Sud-Kivu, 25.412 km2 , avec ses 400.000
habitants, égale à peu près la
superficie du Rwanda (26.000Km2). C'est là, le
nouveau fief du général Padiri avec ses
hommes. Ceux-ci ont entre 18 et 30 ans, pour la majorité,
sans extravagance mais plutôt dans une simplicité
déconcertante. Ils ont quitté le chef-lieu
du territoire, actuellement sous contrôle administratif
des rebelles du Rcd, pour vivre dans la périphérie
, dans les montagnes surplombant la paradisiaque terre
congolaise du Sud-Kivu.
La vie des Maï-Maï : état permanent
de belligérance.
Il est difficile d'exprimer en terme de concepts
l'organisation quasi parfaite des compatriotes Maï-Maï.
Le Mwami Mopipi Mukulumanya de Shabunda nous raconte:
"Les Maï-Maï vivent dans un état
permanent de belligérance. Ils sont bien organisés.
Shabunda et Walungu constituent leurs fiefs. Ils sont
à Kalonge, à Ninja, à Bunyakiri,
et plus loin, à Walikale au Nord- Kivu. Ils
sont d'une assurance indicible. A leur tête,
un homme, impassible. Le général PADIRI,
c'est un jeune homme sorti de la masse. Entré
dans le maquis il y a 7 à 8 ans, il s'oppose
farouchement à l'expropriation de nos terres
par le Rwanda. Le jeune Padiri n'a pas encore la quarantaine.
Il a embrassé le groupe des Maï-Maï
et ces derniers l'ont adopté comme leur chef,
à l'arrivée de l'Afdl. Les jeunes Maï-Maï
l'ont désigné à cause de son
charisme".
Ce témoignage illustre bien la popularité
de Padiri . Cependant, des hommes s'interrogent sur
la spécificité de la force et de l'invulnérabilité
des Maï-Maï . A ce sujet, notre interlocuteur
précise : "Les combattants Maï-Maï
luttent pour la sauvegarde de leurs terres, et par
ricochet, de leur pays. Ils s'opposent à l'occupation
du pays par les Rwandais. Ils ont une foi inébranlable
due aux "remèdes des Maï-Maï''.
En fait, ils sont invulnérables face à
l'ennemi. Pour Padiri, poursuit-il, d'aucuns attribue
sa foi et son charisme aux forces occultes. Erreur,
le général Padiri et ses compagnons
se basent sur la Bible, la parole de Dieu pour mener
leur lutte car il est écrit, "malheur
à celui qui occupe la terre du voisin. Dieu
ne change pas ; C'est le même qui a conduit
le peuple d'Isra‘l et l'a béni. C'est le même
qui inspire Padiri et les Maï-Maï dans leur
lutte contre l'occupation rwandaise. C'est Jésus-Christ
que Padiri et les siens prient chaque jour ,qui leur
donne la force, car la cause des congolais est juste",
ajoute notre interlocuteur, très sûr
de ses propos.
Che Guevara, Padiri d'un côté ...
Savimbi de l'autre
Mwami Mopipi revient dans l'histoire pour rappeler
la lutte mener par des révolutionnaires historiques
en faveur de leur peuple. Mais il faut distinguer
entre la révolution de Savimbi et celle de
She Guevara et Padiri.
"Le premier, dit-il, avait mené une
lutte pour conquérir le pouvoir en Angola.
Ce n'était pas pour le bonheur de ses compatriotes.
Tandis que Che Guevara, lui, combattait l'impérialisme
américain pour libérer son peuple. Il
en est de même pour le général
Padiri qui ne nourrit d'aucune ambition politique.
Son destin se confond avec celui d'une multitude des
congolais qui pensent à la libération
totale du territoire national. Il se bat pour une
cause juste. Son combat arrivera à son terme
lorsque le dernier des rwandais quittera les terres
du Kivu. Ambition politique, je ne le vois pas dans
ce sens. Le général Padiri veut la reconstruction
du pays, dans la paix, la justice et la concorde nationale.
Sa préoccupation est de voir comment il va
récompenser la population qui le soutient avec
ses hommes, malgré l'occupation rwandaise."
Kinshasa : de l'aide morale et politique seulement
!
Que peut faire le gouvernement de Kinshasa pour soutenir
les Maï-Maï ? "Jusque-là,
rien que de l'aide morale et politique, sans plus",
soutient le Mwami de Shabunda. "Les Maï-Maï
ne désespèrent pas pour autant . Pourtant,
les Maï-Maï auraient souhaité un
renfort matériel de Kinshasa." L'accord
de Sun City, l'accord de Pretoria, et d'autres accords
; la communauté Maï-Maï soutient
toute démarche qui va dans le sens de la paix.
Cependant, s'agissant de l'accord de Sun City, les
Maï-Maï regrettent que les compatriotes
du Rcd n'aient pas eu le courage de suivre la voix
de leur conscience et qu'ils se soient soumis au diktat
de KigaliÉ
Selon le Mwami l'accord de Pretoria n'engage pas
les Maï-Maï, il parle en tant que fils de
ce pays : "Je l'ai accueilli avec joie, cet
accord, sur les principes , mais la mise en application
exige des partenaires une bonne dose de bonne foi,
ce qui, explique-t-il , n'est pas l'apanage des Rwandais
et bien plus de la communauté internationale,
qui a toujours soutenu le pillage systématique
de nos richesses. Nous devons être vigilants".
Qu'en est-il des interahamwe ? Notre interlocuteur
est clair "qu'on nous les montre où
ils sont, et nous allons nous y atteler pour ramener
la paix et la réunification du pays. Nous,
les Maï-Maï, nous nous battons seuls, sans
appui des interahamwe", conclut-il.
Cet interview a été réalisée
par Elali Ikoko et est paru dans La Tempête
des Tropiques du 14 août 2002.

Déjà avant la guerre d'occupation,
le general padiri combattait les troupes Rwandais.
Il déclarait: "Notre armée c'est
l'armée du peuple. Sa création est due
à certaines revendications des populations
qui ne se retrouvaient plus dans l'ancien régime.
Comme les négociations sont en cours, notre
objectif, c'est de travailler avec le gouvernement
surtout avec le Président kabila." La
guerre d'agression déclenchée, Kabila
élèvera Padiri au grade de général
de brigade. Sur la photo: Lwana 1997. Au centre le
général Padiri en chapeau traditionnel,
entouré par ses officiers.
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